Glenn – naissance d’un prodige

 

« Glenn – naissance d’un prodige » de et mise en scène par Ivan Calbérac au théâtre des Béliers est une comédie « biographique » sur un musicien hors du temps, inclassable.

 

Ivan Calbérac, en personne fidèle, après avoir créé au théâtre des Béliers à Avignon « Venise n’est pas en Italie » et après nous avoir régalés avec sa pièce « La dégustation » qui est devenu un film, il présente au théâtre des Béliers sa nouvelle création sur un musicien exceptionnel, iconoclaste, à plus d’un titre.

Qui ne connaît pas Glenn Gould, ce pianiste jouant la tête sur son clavier avec sa chaise aux pieds coupés (qui ne le quitte pas pour tous ses concerts).
Un pianiste qui vit tellement sa musique qu’il se permet de parler pendant qu’il joue, à tel point que sur certains enregistrements on entend le son de sa voix.
Lui qui joue avec son cœur et non pas avec ses doigts, pour avoir le rythme adéquat.

Baigné dans une famille où la musique tient une bonne place avec notamment une mère pianiste, professeur de chant, et surtout étouffante à ses heures portant sur son fils les espoirs qu’elle n’a pas pu concrétiser.
Un Glenn Gould qui ne peut maîtriser sa vie, sa mère contrôlant tout.
Même quand on essaye de lui faire comprendre, c’est le cas pour sa cousine Jessie qui vivra un amour refoulé, c’est le drame assuré.
Alors il ne faut pas s’étonner que sa vie amoureuse, privée, fût un fiasco : à qui la faute ?

Un jeune prodige à l’oreille absolue qui dès l’âge de deux ans porta ses mains sur le clavier pour ne plus le quitter. Seules les notes ont grâce à ses yeux, considérant que les mots, c’est la meilleure façon de ne pas se comprendre. C’est pourquoi il vouait une telle complicité à son chien Nicky, certainement le seul être vivant à qui il porta un amour inconditionnel.
Lui qui aime la solitude mais qui parfois se sent trop seul, un paradoxe de plus pour un musicien hors catégorie, ses démences n’étant jamais très loin…lui qui ne serrait jamais la main pour dire bonjour au risque de se la faire broyer ou encore sa phobie du bruit tout en se couvrant de multitudes de couches de vêtements pour réchauffer son corps qui avait toujours froid.
Glenn Gould a été élevé avec des valeurs relationnelles parents-enfant qu’il conservera jusqu’à sa mort mais restera prisonnier de ses phobies sociales entre autres, abandonnant sa carrière de concertiste à l’âge de trente-deux ans.

Yvan Calbérac s’est amusé à nous raconter son histoire depuis son enfance jusqu’à son décès avec une multitude d’informations croustillantes sur sa vie. Avec par exemple des scènes très drôles comme celle de ses parents débattant sur sa vie sexuelle, l’Œdipe n’étant jamais trop loin ou encore celle de l’apprentissage du baiser avec sa cousine Jessie.
Des anecdotes truffées de bons mots qui dans une mise en scène très rythmée, assistée de Florence Mato, passant d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre dans une scénographie de Juliette Azzopardi, ne laisse pas le spectateur s’ennuyer.
Mais aussi en lecture secondaire, la place de l’artiste au centre de l’œuvre, il a voulu nous interpeller sur le fait qu’il y a plusieurs façons de vivre une œuvre, comme Glenn Gould qui a revisité par exemple les partitions de Bach en y apportant sa touche personnelle, en nous faisant comprendre qu’une œuvre est vivante et qu’elle peut évoluer. N’est-ce pas le cas quand nous assistons à des pièces de Molière jouées dans des mises en scène modernes, faisant fi des perruques, des costumes et du tempo imposé par Molière. Après on aime ou on n’aime pas, cela est un autre débat, tout comme ceux qui ne vénèrent pas un culte à Glenn Gould.

Thomas Gendronneau interprète, avec sa gestuelle très poétique, un Glenn Gould plus vrai que nature. Bernard Malaka en père temporisant mais aimant apporte une note de chaleur dans cet univers glaçant.
Josiane Stoleru est une mère castratrice parfaite et Lison Pennec interprète sur une note très juste une cousine dévouée, sacrifiant sa vie de femme.
Benoit Tachoires en imprésario dévoué et Stéphane Roux à l’accent canadien qui nous fait bien rire, donnent la réplique à un être d’exception.

« Glenn – naissance d’un prodige » au théâtre des Béliers à 11h50, relâche les mardis.
vue le 160722
A noter dans vos agendas, reprise à partir du 07 septembre au Petit Montparnasse à Paris.

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