Albert & Charlie

 

« Albert & Charlie » d’Olivier Dutaillis dans une mise en scène de Christophe Lidon sur la scène du théâtre Montparnasse est une rencontre savoureuse aux dialogues pittoresques entre deux génies du XXe siècle.

 

Christophe Lidon habitué à mettre en scène des personnages historiques comme par exemple Mazarin, Clémenceau, Monet ou encore Jeanne d’Arc, a pris un certain plaisir à mettre en scène la confrontation de deux hommes à la forte personnalité, en exposant devant un public conquis la vision humoristique proposée par Olivier Dutaillis.
Une vision intime de deux célèbres cerveaux opposés dans leur vision du monde, sous l’aspect d’une comédie qui donne à réfléchir sur le sens de la vie, et livre moult anecdotes qui rendent encore plus attachants ces deux génies qui chacun dans leur domaine nous ont fascinés : Albert Einstein et Charlie Chaplin dit Charlot.
Deux êtres d’exception à l’humour totalement différent mais joliment complémentaire.

Le très beau décor de Catherine Bluwal, éclairé à bon escient par Cyril Manetta, agrémenté des précieuses vidéos de Léonard, contribue largement à nous plonger dans cette atmosphère à la fois scientifique, avec les murs recouverts de formules mathématiques du bureau d’Albert à Princeton, et la poésie d’un acteur-réalisateur avec ce globe terrestre qui nous évoque tant de souvenirs, en passant par un piano attaché à la partition de Schubert, la tête à l’envers, sur des musiques de Cyril Giroux.

Olivier Dutaillis a su vulgariser cette « confrontation » en y ajoutant un personnage qui d’un premier abord pourrait sembler secondaire mais qui au contraire à une place de choix, celui d’Hélène, la gouvernante, secrétaire, infirmière et bien d’autres qualificatifs, du professor Albert, qui tel un feu follet apporte une gaîté, un brin de folie, exploités à merveille par Christophe Lidon, assisté de Mia Kumpan, et interprété d’une façon magistrale par Elisa Benizio. Avec son délicieux petit accent, elle fait exploser dans ses papotages, notamment avec le public, des bulles de rire en sauvant les situations qui pourraient être dramatiques, telle une mère qui couve sa progéniture sous ses ailes protectrices.

L’un, Albert, plongé dans son monde scientifique, qui va rarement dans les salles obscures, portant particulièrement un intérêt à la poussière qui traverse le faisceau de lumière du projecteur, et l’autre, Charlie, qui a gardé ses yeux d’enfant pour montrer aux adultes la réalité du monde qu’ils traversent.

Des rencontres qui vagabondent sur trois périodes clés, trois cycles de vie au bouleversement de l’ordre mondial : 1938 avec la montée du nazisme et son dictateur, 1947 avec la bombe atomique d’Hiroshima, et 1952 avec le maccarthysme dans sa chasse aux sorcières dont Charlie en fera les frais jusqu’à son exil en Suisse.
Une réflexion sous-jacente, une vision effrayante de notre société où l’on s’aperçoit que malheureusement rien ne change…

Des épisodes qui fourmillent d’anecdotes « éducatives », créant une atmosphère émotionnelle, réconfortante, où le combat de chacun dans leurs différences et leurs domaines de prédilection contribue à améliorer notre qualité de vie.
Comme celle d’Albert qui sous couvert d’un refus de la discipline ne porte pas de chaussettes ou celle de Charlie qui dans une preuve d’amour épouse les actrices de ses films, l’une chassant l’autre…

Un Albert qui déplore l’anéantissement de la pensée pendant que Charlie défend bec et ongles son film du dictateur, son acte de résistance, devant un Einstein farouchement opposé, le tout dans un émerveillement partagé.
A la question de la pertinence de l’utilisation de la bombe atomique, Albert répond : on ne pourrait plus écouter Mozart. La folie des hommes est sans limite !
Mais aussi de la légèreté avec cette complicité dans la musique de jazz qui les réunit dans un moment où la pensée s’évade vers la Suisse, l’oasis de l’Europe.
Une partie de verre de vodka russe viendra aussi libérer les esprits en trinquant au FBI, marqueur de la propagation de rumeurs non fondées qui détruisent les vies d’honnêtes citoyens.

Une conclusion pragmatique d’Albert, qui porte à réflexion : Quand je travaille, je me demande comment Dieu a créé le monde. Je veux connaître ses pensées…Tout le reste n’est que détails.

Une mention particulière pour les costumes et perruque de Chouchane Abello Tcherpachian qui ont transformé Daniel Russo dans le rôle d’Albert. Une sobriété de jeu, loin de ses rôles dans ses comédies loufoques, qui nous livre une autre facette surprenante de ce comédien à la renommée indiscutable.
Une écoute et une présence magnifiques rehaussées par un humour corrosif face à Charlie, interprété par Jean-Pierre Lorit à l’œil pétillant et malicieux. Son sourire éclatant donne de la lumière à cette histoire qui fera date dans les annales.

 

« Albert & Charlie » sur la scène du théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 21h00, matinée le dimanche à 15h30.
le 24 janvier 2023

4 réflexions sur « Albert & Charlie »

  1. J’aimerais bien voir cette pièce là tellement je trouve ces deux personnages fascinants 😊

    Aimé par 1 personne

  2. Puis je prendre mes enfants ? (10,12 et 13)

    J’aime

  3. En leur expliquant qui sont ces deux personnages, il n’y a pas de problème

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close