Lawrence d’Arabie

 

« Lawrence d’Arabie » d’après une libre inspiration de la vie de Thomas Edward Lawrence d’Eric Bouvron, qui en assure la mise en scène, coécrit avec Benjamin Penamaria, sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, organisée par Entractes Organisations est un tourbillon de folie d’images luxuriantes dans un ballet théâtralisé, réglé à la virgule, du plus bel effet, jusqu’au salut.

 

« On peut vivre sans frère mais non pas sans ami ». Un proverbe arabe mis en avant à plusieurs reprises par Eric Bouvron dans son récit qui résume parfaitement cette belle histoire d’amitié sur fond de mensonges, de trahison, où la liberté se fraie un chemin…de vie…

Au son d’une fontaine dont l’eau coule paisiblement en attendant que l’action prenne place sur le plateau avec son tapis couleur sable, sable de ce désert qui sera l’élément principal de cette grandiose épopée, agrémenté de quelques malles, accessoires et divers éléments de costumes. Car tout se déroulera sous nos yeux d’enfants en temps réel, chaque comédien sera le costumier, l’accessoiriste de l’autre : son porteur d’histoire.
Un ballet à la légèreté et la douceur d’une plume enveloppé par une musique interprétée en direct, qu’elle soit de notre continent ou celui de l’action : viscéralement le neuvième personnage, prolongé tout au long du voyage par la voix exceptionnelle de Cecilia Meltzer.

Nous vivons intensément l’histoire, à l’aide de multiples retours en arrière introduisant son enfance, du jeune et enthousiaste archéologue T.E. Lawrence dans sa participation à la grande révolte arabe de 1916-1918, évoluant dans le désert d’Arabie, contrôlé à l’époque par l’empire Ottoman.
L’alliance de l’empire Ottoman avec l’Allemagne, afin de retrouver sa grandeur passée, remet en question l’équilibre du Moyen-Orient disputé par les anglais, les français et les russes : la fameuse triple alliance contre la triple entente.
Un Lawrence d’Arabie qui par la naïveté de sa jeunesse n’aura pas vu venir pointer l’accord Sykes-Picot qui mettra en cause tout son dévouement pour une noble cause et qui surtout remettra sur le billot sa parole donnée, sa loyauté, au milieu de ces hommes qui s’entretuent pour un bout de pain : une parole qui vaut bien mieux qu’un écrit.

Ce sont huit hommes aux pieds nus, marquant le sable de leurs empreintes, qui vont nous interpréter environ quatre-vingts personnages, dans un défilé rythmé à la note près, dansant dans un  ballet théâtralisé dont Eric Bouvron a le secret.

« Malheur à celui qui ne rêve pas »…de l’amour, de l’émotion, de la passion, de la poésie, vont s’entrecroiser, s’entrechoquer, au fil des multiples séquences racontant ce périple d’une vie riche en amitié sincère.
Tels des enfants nous admirons la légèreté, la souplesse, le rythme de l’action, la virtuosité de l’interprétation, de ces comédiens et musiciens donnant vie au moindre détail, qui ont leur importance dans le récit, fruits d’une imagination sans limite d’une mise en scène au cordeau d’Eric Bouvron assisté de Jeremy Coffman. Une expression souvent employée pour définir un travail méticuleux mais qui prend tout son sens dans le moment présent. Un réel travail de troupe où chaque « pièce » s’emboite dans son emplacement au moment opportun.
Un sens du détail qui en fait la force des mises en scène d’Eric Bouvron.

Une imagination extravagante qui nous a fait beaucoup rire avec par exemple cette visualisation d’un chameau admirablement mis en relief par l’interprétation hilarante de Ludovic Thievon. Mais aussi attirés par une très belle poésie avec cette lettre, écrite par Lawrence à sa mère, qui voyage depuis le désert jusqu’à sa livraison en Angleterre dans un carpe diem rassérénant. Ou encore dans le même esprit cette scène d’une marche contre le vent dans le désert qui par les sublimes lumières d’Edwin Garnier nous entraine dans leur sillon.

Au-delà de l’interprétation sans faille, d’une justesse émouvante de Kevin Garnichat dans le rôle de Lawrence, il faut citer sa mouche du coche, au doux nom de Dahoum, qui par ses réparties, ses apartés, son humour dédramatisant l’impossible, déclenche un rire transmetteur d’émotions sous les traits de Slimane Kacioui.

Alexandre Blazy au regard impressionnant, Matias Chebel à la détermination sans faille, Stefan Godin à la présence imposante, Yoann Parize et Julien Saada aux jeux habiles, viennent entourer Lawrence dans sa quête d’un idéal malmené.
Mais aussi rien ne serait possible dans cette extraordinaire aventure sans Julien Gonzales (que j’ai plaisir à suivre dans ses prestations très variées) aux percussions et à l’accordéon, et Raphaël Maillet au violon dont l’archet virevolte au milieu de ce tumulte.
Ils accompagnent la sublime voix de Cecilia Meltzer qui nous a aussi ensorcelés avec sa danse du ventre.
Une troupe au diapason habillée avec un éblouissant florilège de costumes de Nadège Bulfay qui contribuent au succès de cette histoire vraie.

Cette une véritable pépite qu’Eric Bouvron nous livre avec sa création qu’il faut absolument voir, récompensée par une ovation debout largement méritée.

« Lawrence d’Arabie » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, le 07 janvier 2023, un évènement Entractes Organisations.
Prochaines représentations : le 20 janvier à Miramas, le 26 janvier à Cambrai, le 27 janvier à Clichy, le 28 janvier à Poissy, en tournée jusqu’en juin.

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