Rodin

 

« Rodin » par le Ballet Julien Lestel au théâtre du Casino Barrière de Biarritz dans une production Alexandra Cardinale est un ballet où la matière inerte prend vie.

« Mon désir est de ne pas raconter la vie de Rodin mais de traduire en mouvements toutes les différentes émotions qui se dégagent des œuvres de l’artiste. »

 

« Rodin » est le troisième ballet que je vois de Julien Lestel, après Dream (cliquez) et Mosaïques (dans lequel je retrace son parcours (cliquez) ), il a trouvé l’inspiration dans l’univers du sculpteur Auguste Rodin, celui-là même qui n’était pas intéressé par le carcan académique de la danse classique, suffisamment représentée par Edgar Degas, préférant simplement le mouvement de la danse : deux génies partis la même année rejoindre le paradis des artistes.
Un Rodin qui s’intéressa à la fin de sa carrière aux mouvements des danseuses par leur expressivité, leur sensualité, jusqu’au bout de leurs membres.
Un travail fascinant que Julien Lestel s’est appliqué à retranscrire dans l’expression, des mouvements de ses danseurs, ne cherchant pas à copier les œuvres de l’artiste, mais d’y apporter sa touche de chorégraphe, de créateur, jouant dans une communion de l’espace avec la projection de son éclatant imaginaire.
Après un galop d’essai en collaboration avec le musée Rodin où Julien Lestel réalisa une web série de neuf chorégraphies en lien avec les œuvres de Rodin, il concrétisa son projet en créant son ballet « Rodin ».

Un pari réussi avec son audace de faire vivre le temps d’un mouvement l’âme de ces statues vouées à l’immobilité pour l’éternité par son auteur, aux fugaces expressions révélatrices d’une maîtrise parfaite d’un art conjuguant la beauté, la puissance et la délicatesse d’un geste, d’une attitude.

Toujours en étroite collaboration avec son fidèle Iván Julliard pour la musique, partie prenante de l’érection de ses « statues », c’est au son d’un piano martelant les notes à la connotation militaire qu’un escadron, composé de cinq femmes et cinq hommes, tout de noir vêtus, par Patrick Murru, prend possession de la scène dans un mouvement très graphique, linéaire, progressant dans les rayons lumineux de Lo Ammy Vaimatapako.
Commence alors dans des mouvements à la fluidité contrôlée l’évocation des statues de Rodin : comme celle du Penseur qui prend vie sous nos yeux attentifs à la recherche du détail, de l’image, qui nous plongera dans notre mémoire, au-delà du fantasme de notre souvenir, de sa puissance légendaire.

Dans un rythme soutenu où rien n’est laissé au hasard, les corps glissent, se mêlent dans des gestes à la synchronisation précise, nécessaires à la symbolique que Rodin tenait à apporter dans la gestuelle de ses statues, de leurs mouvements expressifs, comme cette représentation des Bourgeois de Calais, sacrifiant leurs vies pour le bien de la communauté.

Les mains : qu’est-ce qu’il y a de plus précieux dans la symbolique du geste, dans son évocation du mouvement, dans sa liberté de transmettre l’émotion, celle par exemple des Amants dans une envolée des cordes pour ce pas de deux très émouvant à la passion dévorante de Roxane Katrun et Titouan Bongini à la blancheur de porcelaine.

Ces mains qui unies forment dans leur prolongement la naissance d’un couple dans le plus simple appareil qui dans un travail d’esquisses de Rodin donne dans les yeux de Julien Lestel un pas de deux très graphique interprété dans une grâce bouleversante par Eva Bégué et Titouan Bongini.

Mais c’est sans compter le tonnerre qui gronde annonçant Jean-Baptiste de Gimel dans le tableau « L’âge d’Airain » la première œuvre importante d’Auguste Rodin représentant le jeune soldat belge Auguste Ney. De belles images aux lignes épurées virevoltantes au gré de ses conquêtes.

Dans un équilibre rassurant, la tendresse, la passion, l’émotion sont palpables également dans ce magnifique pas de deux interprété par Mara Whittington et Maxence Chippaux, évoquant l’enlacement, l’abandon de deux êtres, deux corps, dans la représentation du Baiser dans ce marbre blanc intemporel.

Dans une puissance dramatique à la fluidité impressionnante, soulevée par une musique envoutante, Julien Lestel a remarquablement respecté la symbolique de l’œuvre de Rodin dans la mise en valeur de la ligne du dos et de la nuque de la Danaïde évoquée délicieusement par Alexandra Cardinale, en artiste invitée de l’Opéra de Paris, accompagnée et valorisée par Florent Cazeneuve. Un pas de deux qui nous laisse sans voix pour clore ce ballet qui nous aura remplis d’émotions dans une poésie à fleur de peau.

Inès Pagotto et Louis Plazer complètent cette remarquable distribution mettant en valeur le mystère Rodin.

Julien Lestel, assisté par Gilles Porte, a su exploiter la symbolique de l’œuvre de Rodin pour en extraire la substantifique moelle qu’il a mis en lumière dans la naissance d’expressions humaines à l’esthétisme d’une grande pureté.

 

« Rodin » au théâtre du Casino Barrière de Biarritz, une production AC – Opéra ballet production, le 30 octobre 2022
prochaines représentations : le 22 novembre au théâtre Armand – Salon de Provence, le 01 décembre à l’Opéra de Marseille.

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