L’invention de nos vies

 

« L’invention de nos vies » une adaptation de Johanna Boyé et Leslie Menahem du roman de Karine Tuil dans une mise en scène de Johanna Boyé au théâtre Actuel est une chute aussi vertigineuse que son ascension fut fulgurante, sous fond d’usurpation d’identité.

 

C’est l’anniversaire de Sam qui en famille fête ses quarante ans, une journée à marquer d’une pierre…

Nous sommes aux USA terre de toutes les réussites, celle où Pierre Lévy a envoyé Sam, jeune diplômé, pour y représenter son célèbre cabinet d’avocats. Sam est un français d’origine juive, trop heureux d’aller y vivre sa vie, sa gloire, sa réussite…seul un grain de sable pourrait enrayer cette ascension.
En compagnie de sa femme avec qui il a fait un très beau mariage, fruit de deux enfants, de ses beaux-parents et de ses amis, l’humeur est joyeuse, on boit, on danse aux sons des Mazel tov ! qui résonnent dans tout l’appartement.

Cependant un nuage plane au-dessus de sa tête, tout le monde n’est pas dupe…au fur et à mesure la fleur du mensonge va se déployer offrant de plus en plus de pétales aux saveurs amères.

Le grain de sable…Sam est en fait Samir Tahir, un musulman, qui s’est battu non pas par ses poings pour sortir de sa cité mais avec ses diplômes. Il est devenu un brillant avocat à qui tout réussit.
Un nom arabe n’est pas vendeur sur le marché du travail, les portes se ferment même avec un diplôme d’avocat. Il décide alors d’emprunter l’identité de son meilleur ami Samuel, d’origine juive, un écrivain sans avenir qui ne devrait pas lui faire de l’ombre, qu’il ne reverra plus…jusqu’au moment où la gloire peut s’étourdir, déraper, dans une spirale non contrôlée.

Sam, Samir, mister hyde et docteur jekyll. L’un est flambeur, dragueur invétéré sautant sur tout ce qui bouge, l’autre un fils aimant que sa mère vénère.

A vouloir trop se rapprocher du soleil, on se brûle les ailes. Samuel en compagnie de Nina, son amour d’enfance, regarde les informations télévisuelles et tombe sur leur « ami » Samir.
D’un tempérament jaloux, dépressif, à la sensibilité exacerbée, Samuel demande à Nina d’appeler Samir pour lui assener ses quatre vérités et assouvir sa vengeance, lui qui lui a tout pris pour devenir une star des barreaux…bien mal lui en a pris…
A cela vient s’ajouter un demi-frère qui serait plutôt une petite frappe dans le trafic d’armes refusant la main tendue d’un frère qui ne veut que son bien et surtout celui de sa mère.

Et vous avez une mayonnaise qui monte, qui monte, mais qui sera très difficile à digérer.

Dans une mise en scène que l’on reconnaît immédiatement de Johanna Boyé (actuellement à l’affiche à Avignon avec son « Je ne cours pas, je vole ! » encore une aventure humaine avec ses défis et ses passions  (cliquez)), assistée de Stéphanie Froeliger, avec son rythme endiablé, juxtaposant les scènes dans un enchaînement qui ne laisse pas place à l’improvisation.
Au rythme de changements d’éléments de décors de Caroline Mexme dont son arc de triomphe trône au milieu du plateau, de costumes, de perruques de Marion Rebmann, les sept comédiens vont interpréter la trentaine de personnages, aux fortes personnalités, qu’illustre l’histoire de ce roman, composé comme une symphonie héroïque, mis en musique par Mehdi Bourayou et éclairé par Cyril Manetta.

Valentin de Carbonnières, inoubliable dans « Sept morts sur ordonnance » au théâtre Hébertot  (cliquez), auréolé de son Molière de la révélation masculine en 2019, se taille la part du lion dans cette histoire. Un Sam, Samir, mouillant sa chemise au sens propre comme au sens figuré. Il donne dans sa passion de jouer, avec une fougue décuplée, de la vaillance à ce personnage qui empêtré dans ses mensonges a bien du mal à trouver la planche de son salut.
Mathieu Alexandre, Yannis Baraban, Nassima Benchicou, Brigitte Guedj, Kévin Rouxel et Elisabeth Ventura lui donnent la réplique dans une cascade de rôles tous aussi importants les uns que les autres, avec également une énergie qui fait rayonner cette histoire bien au-delà de sa fin.
Une belle troupe qui nous fait voyager dans le monde de la manipulation, de l’usurpation dont on mesure difficilement les conséquences.

« L’invention de nos vies » au théâtre Actuel, à 17h30, relâche les lundis.
vue le 150722
A noter dans vos agendas, au théâtre Rive gauche à Paris à partir du 15 septembre.

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