Le choix des âmes

 

« Le choix des âmes » de Stéphane Titeca dans une mise en scène de Valérie Lesage au théâtre de la Condition des soies est une ode à l’amour de son prochain qu’elle que soit sa condition humaine.

 

Cette pièce résonne d’autant plus dans nos cœurs, qu’à chaque moment pendant que nous sommes assis tranquillement à admirer les comédiens, des personnes meurent dans un pays proche du nôtre par la folie d’un homme égocentrique.

Un accordéon joue quelques notes de La Madelon entonnées par Raoul, un soldat français originaire d’un petit village proche de Loches, simple fermier, un peu revanchard, histoire de garder le moral dans ces tranchées meurtrières de Verdun pendant la première guerre mondiale.
De l’autre côté de la tranchée, l’ennemi, l’allemand représenté par Franz, originaire de Bavière, à qui sa femme, son corps, manquent énormément, rêve de son violoncelle. Un musicien dans une mouvance humaniste bien avant que cette horrible guerre ne l’enrôle depuis deux ans, lui qui a joué dans les plus grandes salles de concert, à Londres, Paris, New York, et tant d’autres.

Le calme qui les fait ruminer cache quelque chose, le ciel trop silencieux ne demande qu’à s’embraser sous le feu des balles, des obus, ils ont beau être fiers d’être patriotes, il faut néanmoins repousser l’ennemi, voire le tuer : surtout Raoul qui a envie de se faire un boche.

Et puis c’est le feu d’artifice, parmi le sifflement des balles un obus éclate, un immense cratère vient de se former, et nos deux soldats vont se retrouver coincés au fond du trou…une cohabitation commence sous l’œil de la lune et les gouttes de cette pluie glaciale qui paralysent les corps et les esprits.
Raoul s’offre en digne soldat, les bras en croix, à Franz équipé de son fusil. Un corps à corps s’engage et une balle malencontreuse vient percuter de plein fouet un genou de Raoul. Il met Franz au défi de le tuer pour abréger ses souffrances mais une once d’humanité réveille l’âme de Franz qui réalise qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour sortir de ce trou en se faisant la courte échelle.

Même si dans un premier temps Raoul refuse que Franz l’approche, il finira par céder et accepter son aide, ne serait-ce que pour qu’il lui applique un garrot ou lui offre du schnaps pour soulager un temps sa douleur, tout en acceptant un morceau de pain signe de réconfort, de vie.

Au-delà de leurs différences, un dialogue va s’établir, il ne faut surtout pas que Raoul s’endorme, alors Franz lui parle, parle, parle.
Franz lui transmet sa passion du violoncelle, jusqu’à en fabriquer un. Le choix est fait entre le violoncelle et la baïonnette : la vie !
Ils vont aller au-delà, en apprenant à se découvrir, se connaître, de la haine qui les oppose, de la peur qui les angoisse. Ils vont apprendre à se faire confiance pour avancer d’un même pas, dans la direction de l’espoir.

Leurs âmes vont faire cause commune, aussi délicates que cette âme du violoncelle, cette petite pièce en bois qui transmet les vibrations dans l’instrument, celle qui nous fait redresser les poils lorsque l’archet glisse sur les cordes, fait caresser les corps, donne des frissons.
Sans cette âme la sonorité du violoncelle serait sourde et vide de sens, comme celles de nos soldats, celle de toute personne ayant un soupçon d’humanité.
Une âme qui est la colonne vertébrale de l’instrument : Franz n’a pas peur de perdre la vie, mais son âme.

« Sans musique, la vie serait une erreur. » Friedrich Nietzsche

Un soupir dans cette symphonie des canons vient laisser place à la signature de l’armistice : qui a gagné ? L’Homme certainement, leur solidarité infaillible en est la démonstration : vaincre la pensée unique est une voie de liberté, jusqu’aux larmes qui ne peuvent s’empêcher de couler à l’expression de la conclusion de cette magnifique histoire.

Stéphane Titeca retransmet dans ce rôle de Raoul toute la bonhommie du personnage. En quelques attitudes, intonations, il donne corps à ce fermier un peu bourru sur les bords, limité dans sa réflexion mais tellement attachant par son bon sens de la vie, lui qui n’a jamais été heureux mais qui a trouvé le bonheur.
Alexis Desseaux a dans son œil une lumière qui à elle seule donne tous le sens de l’humanité qui caractérise son personnage. Il a une puissance d’empathie qui nous bouleverse, n’oublions pas qu’il représente l’ennemi !

C’est un duo de formidables, grands comédiens, généreux de leur art ; qu’il fait si bon en ces temps troublés de les écouter, les admirer : merci !

La mise en scène très discrète, portée par les musiques de Guillaume Druel, est tout à l’honneur de Valérie Lesage qui a tout de suite compris l’avantage qu’elle avait de mettre en scène ces deux comédiens dans une scénographie bien étudiée de Danièle Marchal.

Une ode à la vie, à l’amour du prochain, à l’humanité, qu’il est vivement conseillé d’aller écouter.

 

« Le choix des âmes » à la Condition des soies à 13h35, relâche les lundis.
vue le 150722

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