Vienne 1913 – les prémiSSes du pire

 

« Vienne 1913 – les premiSSes du pire » d’après Alain Didier-Weill adaptée par Louise Doutreligne dans une mise en scène de Jean-Luc Paliès au théâtre des Gémeaux à Avignon est une mise en lumière glaciale des prémices de l’horreur qu’un certain Adolf va cultiver.

 

C’est dans une atmosphère sombre que nous accueillent les protagonistes de ce « chapitre historique » qui prendra un tournant au crépuscule de cette rencontre des plus tragiques pour l’histoire de l’humanité.

Nous sommes à Vienne, en Autriche, à la veille de la première guerre mondiale. Assis sur un banc, le recalé de l’Académie des Beaux-arts qui signe ses tableaux d’un Adolf fête dans la solitude, rompue par l’arrivée du chien Wolf, le 20 avril 1909, ses vingt ans.
Pendant que dans l’intervalle l’aristocratie viennoise représentée par le jeune désemparé Hugo Von Klast consulte le célèbre controversé Sigmund Freud…l’antisémitisme sort ses griffes pour ne plus les rétracter, arrosé d’un racisme des plus pervers.

D’une fiction théâtrale plus vraie que nature, l’auteur fait rencontrer ces deux jeunes dans la fleur de l’âge qui par leurs échanges singuliers ouvriront la porte du musée des horreurs. Une démonstration d’un Adolf végétarien compulsif, très susceptible, qui voit en Richard Wagner un génie et un Hugo au plus profond de sa crise œdipienne qui considère Dieu comme un antisémite notoire.

Sans jamais citer son patronyme l’auteur, aux détours de répliques acides toujours contrebalancées par un humour corrosif, l’adaptation de Louise Doutreligne nous tient en haleine jusqu’au final qui nous rappelle qu’il faut toujours rester vigilant.
La paix dans ce monde chahutée par le fanatisme reste toujours très fragile.
Aujourd’hui plus qu’hier cela malheureusement se vérifie.

Les échanges entre Adolf, Hugo et l’intelligentsia montre la progression du mal sournois qui grignote jour après jour, dans le cœur de ces deux incompris, un point de non retour. Selon Adolf la jeunesse polluée par les préjugés ne peut être sauvée que par le sport.
Une intelligentsia qui s’oppose également dans ses conflits entre Sigmund Freud (considéré grossier par Hugo) et son cadet, son dauphin, Carl Gustav Jung. Car si l’un a commis beaucoup d’erreurs dans ses analyses (un charlatan pour Adolf) l’autre n’est pas en reste avec son antisémitisme : les rêves les séparent.
Un autre chapitre montre la complexité de cette vision du rejet du juif entre la relation passionnelle d’Hugo avec sa mère et son rejet viscéral de son père. Sans oublier l’aversion d’Adolf pour les peintures de Gustav Klimt qui ne peint que des femmes nues : une délicieuse scène entre Adolf, Hugo et Klimt.

Tous les ingrédients sont réunis pour exécuter cette démonstration imparable de la montée du nazisme…dans des prémiSSes édifiantes.

Dans une mise en scène fluide, collante à la note, de Jean-Luc Paliès conduite comme une symphonie avec ses pupitres d’un froid polaire réchauffés par les notes cristallines de ces verres endiablés sous les doigts agiles de Catherine Brisset, les didascalies prennent vie par les voix d’Estelle Andrea et Sophie Leleu : une expression surprenante de ce théâtre « adressé » qui donne du rythme à ce récit bouleversant, édifiant.
La noirceur du propos étayé par la scénographie de Lucas Jimenez et les costumes de Madeleine Nys sont nuancés par les lumières apaisantes de Jean Maurice Dutriaux et le jeu poignant des comédiens, avec Oscar Clark dans le rôle d’Adolf et William Mesguich dans celui d’Hugo au côté de sa mère protectrice la baronne von Klast jouée tout en lumière par Claudine Fievet.
Jean-Luc Paliès quant à lui dans le rôle de Freud marque de son empreinte une sagesse contestable contrebalancée par Jung interprété finement par Alain Guillo.
Nathalie Lucas dans le rôle de Molly la petite amie remplie d’espoir d’Adolf donne une saveur particulière à cette pièce où l’espoir se cache dans les non-dits.

Une pièce incontournable à découvrir dans ce festival d’Avignon rempli de pépites. Vous ne pouvez pas rester indifférents à ces propos qui vous montrent encore une fois qu’il faut rester très vigilant sur les personnages qui dirigent notre monde, nous qui n’aspirons qu’à la Vie !

 

« Vienne 1913 – les prémiSSes du pire » au théâtre des Gémeaux à 10h13, relâche les lundis.
Vue le 110720

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