La priapée des écrevisses

 

« La priapée des écrevisses » de Christian Siméon dans une mise en scène de Vincent Messager au théâtre Le chien qui fume est une leçon de théâtre sous couvert d’une recette de cuisine.

 

Entre ses galipettes à l’Elysée sous la troisième république où son Félix était son orgasme élyséen, Marguerite Steinheil, notre héroïne du jour, nous conte par le menu sa recette des écrevisses à la présidente. Tout en nous avertissant qu’elle met un point d’honneur à ne jamais manger ce qu’elle cuisine…en résumé à vos risques et périls !

Certes le président Félix Faure n’a pas succombé à ses plats mais plutôt à ses gâteries dans le salon bleu de l’Elysée, défrayant ainsi la chronique friande de ces petits potins.

C’est avec une énergie folle que Marguerite sous les traits d’Andréa Ferréol déploie tous ses talents de cordon bleu pour nous émoustiller le palet si ce n’est nos sens avec toutes ses extravagances de demi-mondaine qui lui ouvraient les portes de ses amants plus ou moins célèbres.

C’est dans la cuisine de son château en Ecosse aux quarante deux pièces et douze domestiques pour la servir (à ce sujet ils sont enfermés dans la cave afin de ne pas perturber l’émission de télévision qui enregistre sa prestation) qu’elle nous accueille enveloppée dans son tablier de cuisinière, avec toujours à sa portée un torchon à l’effigie de son Félix.

Elle commence le récit de sa vie pour lequel on attend tous les détails croustillants du double meurtre de l’impasse Ronsin, lieu de résidence du couple Steinheil, en effectuant un inventaire précis des ingrédients et des ustensiles afin de mener à bien sa recette.

Cette affaire Ronsin qui a passionné en son temps l’opinion publique nous tiendra en haleine durant tout le spectacle : qui a tué son époux Adolphe Steinheil et sa mère Emilie Japy ?

Pour sa part Marguerite considère la nostalgie comme une maladie mortelle, vous comprendrez alors que ressasser encore une fois toute cette histoire ne la réjouit guère.
Néanmoins elle se prête au jeu et nous décrit effrontément tous les corps de ses amants qui ont traversé sa vie.
Pour l’anecdote Toulouse Lautrec, oui le peintre vous avez bien lu, avait un énorme bec verseur pour un corps de petite théière.
Parler de sexualité ne l’indispose pas et surtout elle se plaît à titiller son auditoire. D’ailleurs elle nous fait bien rire avec son explication détaillée pour faire monter des blancs en neige qui s’apparente à une leçon de chose pour jeunes filles sur la masturbation de la gent masculine finalisée par leur petite mort.

Une de ses devises qui donne le ton sur sa personnalité : L’amour ne se vend pas, ça se paye, elle qui considère que vieillir l’ennuie et que ses contemporains la désespèrent.

Tout au long de son récit son Félix apparaît comme le fil conducteur de cette histoire qui la rend attachante, drôle, folle. Elle se complaît dans le mensonge, à tel point qu’il est difficile de savoir où se situe la vérité…vérité s’il y a… à vous de la découvrir.

Vincent Messager, le journaliste d’une soirée, signe une mise en scène volcanique laissant place à la tornade Andréa Ferréol qui avec son regard intense et sa passion du jeu nous captive de bout en bout dans cette recette que nous serions bien incapables de refaire.
Elle est assistée par la friponne gouvernante Pauline Phélix qui met un peu de sel distrayant dans cette aventure rocambolesque.
Les lumières de Thierry Ravillard, les costumes d’Olivier Pétigny, la musique de Cécile Goubert dans des chorégraphies de Mado Cervellon donnent le petit plus qui fait prendre dans un délire bien contrôlé cette mayonnaise qui nous aura bien fait rire.

 

« La priapée des écrevisses » au théâtre Le chien qui fume à Avignon à 17h, relâche les mardis.
Vue le 120722

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